Soumission chimique : La nécessité de sensibiliser
- Jeanne Flamencourt
- 28 nov. 2025
- 3 min de lecture

L’affaire Gisèle Pélicot, également connue sous le nom des “viols de Mazan”, est une affaire de viol par soumission chimique. S’il y a quelques années, on commençait à entendre parler du GHB, souvent qualifié de “drogue du violeur” et administré à l’insu des victimes en boîte de nuit, le terme de soumission chimique n’était pas encore réellement présent dans le débat public. C’est bel et bien grâce à cette affaire, et au travail mené par des militantes féministes, que le terme a pu s’imposer et être reconnu.
La parution du livre de Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot, Et j’ai cessé de t’appeler papa (2022), a constitué un pilier essentiel pour dénoncer ces pratiques et libérer la parole. En 2023, la députée Sandrine Josso a elle-même dénoncé une soumission chimique administrée par le sénateur Joël Guerriau. Cet événement a déclenché une volonté politique de sensibilisation, qui a abouti en mai dernier à la publication du “Rapport au Gouvernement sur la soumission chimique”, coécrit avec la sénatrice Véronique Guillotin. Sandrine Josso est ainsi devenu un soutien institutionnel de l’association et du mouvement “#mendorspas”, fondé par Caroline Darian.
Des substances accessibles et détournées.
Via son compte twitter et ses chroniques sur youtube, Zoé, médecin généraliste et victime de soumission chimique, alerte sur la facilité avec laquelle on peut se procurer ce type de substances (@Dr_Zoe_). Contrairement à l’imaginaire collectif, la drogue dite “du violeur” n’est pas la plus couramment utilisée dans les cas de soumission chimique. Selon l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM), la plupart des cas impliquent des médicaments détournés de leur usage initial : antihistaminiques, sédatifs, benzodiazépines, antidépresseurs, opioïdes ou encore Kétamine. Tous sont plus ou moins présents dans nos armoires à pharmacie et facilement prescrits. Zoé souligne notamment la nécessité de former les médecins à détecter les signes d’une soumission chimique.
Une réalité sous-estimée.
En 2022, le Centre de référence des Agressions facilitées par les substances (CRAFS) a recensé 1229 cas de soumissions ou vulnérabilités chimiques vraisemblables. Comme pour les violences sexistes et sexuelles, le mythe du “violeur de rue” persiste dans l’imaginaire collectif. Si certaines soumissions ont lieu en contexte festif, le cadre privé demeure prédominant pour les victimes de moins de 15 ans, souvent au sein même du foyer.
Le sujet de la soumission chimique est donc étroitement lié à la lutte contre l’inceste. Selon l’enquête du CRAFS (2022), sur 97 cas de soumission chimique vraisemblable, 23 des cas concernaient des mineurs, dont 15 avaient moins de 15 ans. Bien que la soumission chimique puisse précéder différents types d’agressions, l’agression sexuelle reste la plus fréquente.
Soumission chimique et vulnérabilité chimique.
Si la soumission chimique implique souvent l’administration d’une substance médicamenteuse, la vulnérabilité chimique repose le plus souvent sur l’alcool. L’incitation active à la consommation d’alcool constitue ainsi le principal levier de vulnérabilité chimique. Dans ces cas, l’agression sexuelle est très majoritaire et illustre l’altération du consentement de la victime sous l’effet de la substance. Une victime très alcoolisée peut être considérée comme vulnérable, ce qui constitue une circonstance aggravante : Article 222-29 du Code pénal pour les agressions sexuelles et Article 222-24 pour les viols. Quant à elle, la soumission chimique constitue un délit en soi, indépendamment des violences qui peuvent en découler.
Une détection difficile.
L’un des principaux obstacles au traitement de ces affaires est la disparition rapide des substances dans l’organisme, rendant leur détection complexe. De plus, l’amnésie souvent liée à la soumission chimique retarde la démarche de plainte, ce qui complique la recherche de preuves médico-légales. Là est l’importance de sensibiliser.
Se repérer et agir.
Sur le site “M’endors pas : Stop soumission chimique”, une rubrique détaille les signes et symptômes permettant de suspecter une soumission chimique récurrente : troubles neurologiques, amnésies, somnolences. Il y est spécifié que ces signes sont d’autant plus évocateurs s’ils s’accompagnent de signes de violences physiques ou de la découverte de produits suspects.
Si vous y pensez vous trouverez dans cette situation, plusieurs dispositifs d’écoute existent :
France Victime : 116 006 (7j/7 ; 24h/24)
Violences Femmes Info : 3919 (7j/7 ; 24h/24)
Dispositif Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (7j/7 ; 08h-02h)
Comme scandé devant le tribunal où se déroulait l’affaire Gisèle Pélicot : “Que la honte change de camp”.
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