L’association Albin: la promotion du savoir universitaire en prison
- Eva Romano

- 28 nov. 2025
- 2 min de lecture

L’association Albin promeut la réflexion sur et dans le milieu carcéral et les lieux de privation de liberté pour l'introduction, le maintien et le partage du savoir universitaire. Implantée à Bordeaux depuis le mois de janvier 2025, l’association dont la création résulte de l'initiative de doctorants demeure la première à mettre en avant le savoir universitaire au sein du milieu carcéral.
Les activités de l’association
L’association créée à Clermont-Ferrand intervient principalement avec les établissements pénitentiaires de Val-de-Reuil, Rouen, Rennes, Rennes Vezin, Guéret, Limoges, Roanne, Moulins Yzeure, Saint-Etienne, Riom et Villeneuve-lès-Maguelone.
L’action de l’association se manifeste à travers divers projets. Des cours-conférences organisés par des professeurs ou des étudiants bénévoles (dont le niveau fut étudié au préalable) s'organisent tout au long de l’année afin de transmettre des enseignements aux détenus. Les sujets de ces conférences touchent des domaines variés tels que le sport, la science et vie de la terre, le droit, la philosophie politique ou encore l’informatique. A titre d’exemple, un module regroupant plusieurs cours-conférences fut organisé au centre pénitentiaire de Riom sur l’introduction générale au droit d’avril à mai 2024.
A cela s’ajoute un accompagnement des détenus dans les démarches administratives telles que la préparation des dossiers d’inscriptions, aux examens ou dans l’aide aux frais d’inscription. Ainsi, via ces enseignements, Albin a favorisé et organisé l’accès de dix étudiants détenus à l’Université de Clermont-Ferrand dans les filières AES, Droit, Histoire, Lettres et Sociologie.
Combattre les préjugés sur le milieu carcéral
Le développement de l’association témoigne à la fois de sa réussite et d’une envie des détenus de continuer à s’instruire, à participer à la vie active malgré l’enfermement. La pérennité du projet apparaitrait fragile si les administrations pénitentiaires ainsi que les individus emprisonnés se montraient réfractaires aux initiatives lancées.
Sarah Monestier, présidente de l’antenne située à Bordeaux a témoigné de ces expériences personnelles lors de ses interventions au sein du milieu carcéral notamment dans le cadre du module éloquence. Certains détenus ont fait part de leur surprise au sujet de leur intervention en se demandant “Pourquoi vous vous intéressez à nous ? Nous sommes ici pour quelque chose”. Cela illustre qu'au-delà de la privation de la liberté, la prison amène à exclure totalement l’individu de la société, comme si son image restait à jamais liée à l’infraction qu’il a effectuée.
Le rôle de l’association n’est pas d’établir un jugement sur le détenu et les raisons de son incarcération mais d’aboutir à “un échange mutuel d’humain à humain” pour reprendre les mots de la présidente. Ici, le détenu est simplement là pour s’exprimer. Les sujets d’éloquence sont d’ailleurs choisis par les détenus eux-mêmes. Certains sujets semblent évocateurs tels que “ A qui la faute ? “ ou encore “ Les dés sont-ils jetés ?”.
Donner la parole à ceux qui n’ont pas l’occasion de s’exprimer, entendre ceux dont la voix n’est pas glorifiée, apprendre en échangeant au sein d’un milieu si étranger sont tant d’éléments qui constituent la réinsertion et qui en font avant tout une démarche humaine. Le lien social doit perdurer au-delà des murs des prisons délaissés.



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