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Condamnation de Sarkozy : un devoir de mémoire envers les victimes de l’attentat du vol UTA 772 (170 morts dont 54 Français)

  • Photo du rédacteur: Loïc Dinghem-Nayal
    Loïc Dinghem-Nayal
  • 28 nov. 2025
  • 3 min de lecture

La justice française a rendu une décision historique le 25 septembre 2025. Pour la première fois un chef d’État français est condamné à de la prison ferme. L’ancien président français Nicolas Sarkozy a écopé de cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Au-delà du déferlement politico-médiatique qui converge à le martyriser il y a la ferme volonté d'invisibiliser et piétiner la mémoire d’une cinquantaine de français morts.


Une condamnation historique… et une mémoire sélective


Le 25 septembre 2025, la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a condamné Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. C’est une première dans l’histoire de la Ve République : jamais un ancien président n’avait été condamné à une peine aussi lourde pour des faits d’une telle gravité.

Mais derrière le fracas médiatique, les tribunes indignées et les appels à la dignité républicaine, une autre réalité s’efface : celle des 170 victimes du vol UTA 772, dont 54 Français, tués dans un attentat commandité par le régime libyen en 1989. Parmi les responsables de cet acte terroriste, un nom revient : Abdallah Senoussi, bras droit de Kadhafi, condamné par contumace en France pour cet attentat. C’est avec lui que les proches de Nicolas Sarkozy ont négocié, quinze ans plus tard, un pacte de financement occulte.


UTA 772 : un attentat, une impunité, un silence


Le 19 septembre 1989, le DC-10 de la compagnie française UTA explose au-dessus du désert du Ténéré, au Niger. L’enquête établit rapidement la responsabilité du régime libyen. En 1999, six hauts responsables libyens sont condamnés par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité par la justice française. Parmi eux : Abdallah Senoussi, chef des services de renseignement militaires libyens, beau-frère de Kadhafi.

Et pourtant, c’est ce même homme que les proches de Sarkozy, rencontrent à Tripoli en 2005 et 2006. Ces rencontres visaient à obtenir un financement occulte de la campagne présidentielle de 2007, en échange d’une réhabilitation diplomatique du régime libyen quoique le juge n'a pas retenu l’accusation de corruption. Autrement dit : des responsables politiques français auraient tenté de pactiser avec un homme condamné pour avoir tué des Français.


Le cynisme du monde politique


Ce pacte n’est pas seulement immoral. Il est tragiquement révélateur d’une logique d’État où la mémoire des victimes devient une variable d’ajustement diplomatique. En 2007, Kadhafi est reçu en grande pompe à Paris. Il plante sa tente bédouine dans les jardins de l'hôtel Marigny. Les contrats pleuvent. Les caméras crépitent. Mais aucun mot pour les familles des victimes françaises de 1989.

Imaginez un responsable politique envoyant ses collaborateurs nouer des relations avec un homme condamné par contumace pour un attentat meurtrier quelques années plus tôt. Imaginez encore le chef d’État serrant la main de djihadistes responsables des attentats de 2015 : l’indignation serait unanime. Et pourtant, en France, cela s’est produit. Et cela a été justifié au nom des “intérêts supérieurs de la nation”.


 L’indignation à géométrie variable


Depuis la condamnation de Sarkozy, les réactions politiques oscillent entre consternation et défense corporatiste. Certains dénoncent un supposé « gouvernement des juges » . D’autres parlent d’un « acharnement » ou de « haine envers Sarkozy ». Mais peu – trop peu – évoquent les victimes. Peu rappellent que l’argent libyen qui aurait financé la campagne de 2007 provenait d’un régime criminel, responsable d’attentats, de tortures, de répressions.

Ce silence est assourdissant. Il révèle une indignation sélective, où la mémoire des morts pèse moins que la réputation d’un ancien président ; où la morale publique s’efface devant les fidélités partisanes.


Une affaire française, un scandale universel


Ce scandale dépasse la France. Il interroge la manière dont les démocraties traitent généralement les crimes d’État. Il révèle la porosité entre pouvoir politique et argent sale. Il montre que l’impunité n’est pas l’apanage des dictatures : elle peut aussi se loger au cœur des institutions républicaines.

La condamnation de Sarkozy est une victoire pour l’État de droit. Mais elle ne suffit pas. Il faut aussi un travail de mémoire. Une reconnaissance et un hommage envers toutes les victimes de cet attentat ayant conduit au crash du Vol UTA. Une parole pour les familles françaises qui depuis ce procès sont invisibilisées par les médias.

Pour que les morts ne soient pas troqués contre des valises

Ce texte est un rappel. Un rappel que derrière les deals d’État, il y a des cercueils. Que derrière les campagnes électorales, il y a parfois du sang. Et que la République ne peut se construire sur l’oubli des siens.

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