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Le mouvement GenZ 212 : naissance et mort d'un printemps éphémère

  • Photo du rédacteur: Malak Bouraiss
    Malak Bouraiss
  • 28 nov. 2025
  • 5 min de lecture

Mohammed VI : début d'un printemps marocain


À l’aube du 21ème siècle, Mohammed VI hérite d'un pays marqué par les inégalités et martyrisé par des décennies de répression et de silence, où les plaies des années de plomb restent à peine refermées. Le jeune monarque porte en lui la volonté d'écrire un nouveau chapitre, ainsi Il lance des réformes lourdes de sens, commençant par la création de « l'Instance Équité et Réconciliation » pour reconnaître les violations des droits humains sous le régime de son père, et la réforme du Code de la famille pour améliorer le statut des femmes. Et puis, le geste le plus fort arrive en septembre 1999, Abraham Serfaty, opposant marxiste emprisonné sous Hassan II, est autorisé à rentrer après les années d’expulsion. 

Mais derrière cette volonté de bâtir un Maroc nouveau, une autre réalité se tisse. Le palais étend discrètement son emprise sur l'économie à travers le géant Al Mada, présent partout ; de la banque à l'énergie, des télécoms à l'immobilier. Cette monopolisation permet de financer de grands projets et d'afficher une croissance économique impressionnante. Pourtant, elle a un prix : les inégalités sociales se creusent entre les Marocains, et l'économie tout entière bat au rythme des décisions du palais.


La victoire empoisonnée du 20 février 


Dans un contexte où les inégalités sociales et régionales se creusent dans un pouvoir centralisé, le mouvement du 20 février 2011, né dans le sillage du printemps arabe, réclame la fin de la corruption, plus de justice sociale et une véritable séparation des pouvoirs. Seulement quelques semaines après, le roi annonce une nouvelle Constitution, adoptée par référendum la même année. Celle-ci accorde davantage de pouvoirs au gouvernement et reconnaît certaines libertés fondamentales.

Mais l'histoire marocaine aime les paradoxes. Lors des premières élections libres qui en suivent l’adoption de la nouvelle constitution, c'est le Parti de la justice et du développement (PJD), une formation islamiste, qui sort vainqueur des urnes. Le pays vit alors quelque chose d'inédit : des islamistes arrivent au pouvoir sans putsch, sans violence. Mohammed VI respecte le verdict des urnes, et beaucoup y voient une maturation démocratique historique.

Pourtant, cette ouverture a un goût amer. Le progrès démocratique tant attendu est porté par un parti conservateur. La modernisation institutionnelle avance, mais les valeurs qui l'accompagnent reculent. C'est une victoire à double tranchant.

Les années passent, et l'élan retombe. Les islamistes du PJD s'enlisent dans les compromis du pouvoir. La gauche, elle, s'efface, discréditée, sans plus aucune influence. Peu à peu, la scène politique se vide de son sens. Plus de grands débats et plus d'élites capables de porter une vision ou d’opinion différentes. Ce qui reste, c'est un silence lourd de conséquences ; un vide idéologique béant. Il n'y a plus désormais d'intermédiaires crédibles, plus de courroies de transmission entre le palais et le peuple.


Génération Z : le cri digital d'une jeunesse qui se sent sacrifiée


Le 14 septembre 2025, le drame éclate à l'hôpital Hassan II d'Agadir. La mort de huit femmes enceintes, victimes d'un système de santé à bout de souffle, met le feu aux poudres. La colère, longtemps contenue, explose. Sur TikTok et Discord, le mouvement #GenZ212 s'organise, fédérant des centaines de milliers de jeunes.

Leurs slogans, « Moins de stades, plus d'hôpitaux » ou « Nous ne voulons pas de Coupe du Monde, la santé d'abord », montrent une colère face aux dépenses colossales pour la construction des terrains de foot pour la Coupe 2030 au détriment de l’amélioration des services publics. Cette jeunesse ne se reconnaît ni dans les islamistes, ni dans la gauche historique, ni dans les libéraux au gouvernement. 

En réponse à la pression populaire, le ministre de la santé annonce la suspension de responsables de l'hôpital Hassan II et lance une enquête sur les décès survenus. Cependant, les jeunes manifestants estiment que ces mesures sont insuffisantes et continuent de revendiquer des réformes structurelles profondes.


La répression et les violences 


Les manifestations, d'abord pacifiques, ont basculé dans la violence après une répression sévère des forces de l'ordre. Des vidéos montrant des interpellations musclées ; parfois de personnes en train de s'exprimer aux médias ont circulé en ligne. Des passants simplement présents à proximité des manifestations, interpellés de manière arbitraire par les forces de l'ordre.

À la suite de cette répression, des épisodes de violence éclatent dans certaines villes. Des groupes de jeunes saccagent des magasins et incendient des véhicules de police, notamment à Aït Amira, où certains auraient tenté de forcer un local pour voler des armes. D'après plusieurs vidéos circulent en ligne, les gendarmes ouvrent le feu, provoquant la mort de deux personnes.

Face à cette escalade, une partie des manifestants prend ses distances avec le mouvement, craignant davantage de chaos. En réaction, le collectif GenZ 212 publie un communiqué condamnant fermement ces actes de violence et affirmant n'avoir aucun lien avec les individus impliqués dans les pillages ou les incendies. 

Les autorités marocaines annoncent 409 arrestations, dont 193 personnes poursuivies, parmi elles des mineurs. Beaucoup sont inculpées pour « participation à des rassemblements jugés violents ». Près de 70 % des protestataires sont des mineurs, selon le ministère de l'Intérieur.


L'étouffement programmé : comment la récupération politique a tué GenZ 212


Des groupes de la gauche radicale et de l'islamisme politique tentent de détourner la colère des jeunes vers un combat contre la monarchie elle-même, déviant des revendications sociales initiales.

Cette instrumentalisation politique, combinée aux violences survenues lors des manifestations, entraîne un essoufflement du mouvement. De nombreux jeunes militants, initialement engagés pour des causes sociales concrètes, plusieurs communiqués émanant de militants de diverses villes et régions ont annoncé leur retrait du mouvement. 


Échec et mat 


Alors que la révolte se fractionne et que certains cherchent à radicaliser le mouvement GenZ212, le pouvoir royal joue une carte maîtresse. Loin des agitations de la rue, le roi Mohammed VI préside lui-même l'élaboration du budget 2026, La réponse est chiffrée, massive, concrète ; 140 milliards de dirhams alloués à la santé et l'éducation, 27 000 postes créés, rénovation de 90 hôpitaux et des projets structurants comme les CHU d'Agadir et Laâyoune.

Le Projet loi de finance de 2026 s’inscrit encore une fois dans une dynamique impulsée par le roi. Mais où sont les ministres, les élus, ceux pour qui les Marocains ont voté ? Face au mouvement GenZ, aucun membre du gouvernement n’a su prendre la parole, ni apaiser la rue. Si le roi trace la voie, qui marchera à ses côtés pour transformer les promesses en confiance et les réformes en réalité ?


Sources :

·       « Du virtuel à la rue: quand les jeunes réinventent la politique » le 360 

·       « Lqliâa : Deux personnes tuées par des gendarmes en état de légitime défense lors d’une tentative de vol d’armes »Hespress Français- Actualité du Maroc

·       « Le Roi Mohammed VI préside un Conseil des ministres consacré à la Loi de Finances 2026 » Hespress Français 

·       « Morocco: Halt use of excessive force following crackdown on youth protests » Amnesty international

·       « Morocco : protests met with repression, violence » Human rights watch 

·       Documentaire : « le parcours d’un Roi- le Maroc de Mohammed VI »

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