Fort de Santa-Cruz : L’histoire vivante d’Oran perchée sur les hauteurs du Murdjajo
- Sacha Mourat

- 13 nov. 2025
- 3 min de lecture
Par Sarah Feghoul
Perché à plus de 400 mètres d’altitude sur les crêtes du mont Murdjajo, dominant la ville d’Oran depuis le XVIe siècle, le Fort de Santa-Cruz reste l’un des monuments les plus emblématiques d’Algérie. Érigé par les Espagnols entre 1577 et 1604, ce bastion de pierre ocre n’était pas seulement un poste de défense stratégique : il fut le théâtre de luttes sanglantes, de reconstructions acharnées, et de siècles de domination, de résistance et de renouveau. Ce monument chargé d’histoire continue de fasciner par son architecture robuste et sa vue panoramique à couper le souffle.
Le Fort de Santa Cruz est l’un des monuments les plus emblématiques d’Oran. On y aperçoit la grande cour intérieure pavée du fort, bordée d’arches aux tons ocres typiques de l’architecture coloniale espagnole. À gauche, se dresse une haute tour surmontée d’une statue de la Vierge Marie, emblème spirituel du site, dominant la Méditerranée. La perspective en hauteur met en valeur la position stratégique du fort, qui surplombe la baie, c’était un symbole de la présence espagnole en Algérie. Le fort fait partie d’un triptyque défensif comprenant également les forts de Saint-Philippe et de Saint-André. Mais c’est bien Santa Cruz, avec sa statue emblématique de la Vierge Marie érigée en 1951, qui attire le plus de visiteurs chaque année.
La naissance du fort : entre stratégies militaires et conquête d’Oran.
La ville d’Oran tombe sous l’occupation espagnole dès 1505. En 1509, une première construction défensive est dressée sur la montagne du Murdjajo. Mais c’est le marquis de Santa Cruz, gouverneur de la ville, qui initie en 1563 le projet d’un véritable fort militaire. Sa construction commence en 1577 et s’achève en 1604. Le site surplombe la Méditerranée, offrant une position imprenable et stratégique face aux menaces maritimes et terrestres.
Le fort n’était pas qu’un poste de guet : il abritait des logements pour soldats, des appartements pour le gouverneur, ainsi que trois vastes réservoirs d’eau de pluie, dont l’un pouvait contenir jusqu’à 300 000 litres — preuve de l’ingéniosité des ingénieurs espagnols de l’époque. Mais l’histoire du Fort de Santa Cruz est loin d’être paisible. En 1708, après un siège de deux jours, il tombe entre les mains de Mustapha Bouchelaghem, qui en fait sauter une partie avant de se replier sur Mostaganem. En 1735, le fort est rasé, à l’exception du ravelin. Trois ans plus tard, il est entièrement reconstruit sous José Vallejo, transformé en forteresse aux accès restreints : pont-levis, fossés profonds de 10 mètres, murs épais. Malgré de nouveaux projets défensifs, les attaques ottomanes persistent jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En 1790, Mohamed el-Kebir reprend Oran. Le fort est partiellement détruit avant d’être restauré sous l’occupation française, entre 1856 et 1860, par le génie militaire français. Ce n’est qu’en 1950 que le fort est enfin classé comme site naturel, protégé au titre du patrimoine.
L’héritage d’un vestige militaire.
Aujourd’hui, Santa-Cruz est bien plus qu’un vestige militaire. Son architecture fascinante, son esplanade accueillante, ses vues spectaculaires sur la ville et la mer, en font un lieu de promenade, de mémoire et de spiritualité. La statue de la Vierge, dressée sur la tour du fort en 1951, surplombe la baie avec solennité, veillant silencieusement sur Oran. C’est aussi un espace vivant où se croisent croyants, passionnés d’histoire, photographes et familles en quête de calme et de vues imprenables sur Oran.
“Quand on se tient ici, face à la mer, on comprend pourquoi ce lieu inspire respect et recueillement,” confie Leïla, une touriste venue de Constantine. “C’est un mélange de spiritualité, d’histoire et de beauté naturelle.”
Classé patrimoine national, le fort est plus qu’un monument, c’est une mémoire. Le Fort de Santa-Cruz reste un symbole de la ville, un rappel de ses blessures, de sa force et de son éternel lien entre ciel et mer.



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