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Erasmus : l’Europe comme terrain d’apprentissage

  • Photo du rédacteur: Marine Da Cunha
    Marine Da Cunha
  • 28 nov. 2025
  • 8 min de lecture
Luca Barberini, Folla, 2009
Luca Barberini, Folla, 2009

Du 13 au 17 octobre 2025, les campus bordelais ont pris des airs d’Europe miniature. À l’occasion des Erasmus Days, l’Université de Bordeaux a célébré la mobilité internationale sous toutes ses formes. Une semaine d’échanges, de rencontres et de découvertes, portée par le Bureau de la Mobilité Internationale, qui œuvre chaque jour pour faire de la curiosité et de l’ouverture des leviers d’avenir.


Depuis sa création en 1987, le programme Erasmus+ a permis à plus de 13 millions d’européens d’étudier, de se former ou de travailler au-delà de leurs frontières. Son ambition : construire une Europe des savoirs, tisser des liens entre les cultures et offrir à chaque étudiant une expérience académique, humaine et professionnelle inoubliable. Chaque année, le mois d’octobre est marqué par les Erasmus Days, une initiative devenue mondiale, permettant aux étudiants de s'informer et d'échanger sur les possibilités de séjours à l'étranger. En 2024, plus de 10 000 événements ont été organisés dans 60 pays, réunissant étudiants, enseignants, associations et institutions autour d’une même conviction : la mobilité.


À l’Université de Bordeaux, l’édition 2025 a déployé une programmation riche et variée. Tout au long de la semaine, conférences, stands, cafés internationaux et expositions ont permis aux étudiants d’envisager leur avenir au-delà des frontières. Le Café des Masters Internationaux, organisé sur le campus Peixotto, a ouvert la semaine en présentant des parcours anglophones et des échanges avec des enseignants-chercheurs. Le Erasmus Meet & Share a ensuite permis aux étudiants de confronter leurs expériences de mobilité, avant que la journée du 14 octobre, “Sortir des sentiers battus”, au cœur des campus Montesquieu et Bastide, ne devienne le temps fort de cette édition.


Au cœur de cette dynamique, le Bureau de la Mobilité Internationale joue un rôle central. Véritable boussole pour les étudiants désireux de partir à l’étranger, il les accompagne à chaque étape de leur projet, de la préparation administrative, aux démarches de financement et de logistique, jusqu’au suivi pendant le séjour. Chaque année, plusieurs centaines d’étudiants bénéficient ainsi d’un accompagnement personnalisé et d’un large panel d’aides. Pour aider les candidats au départ, plusieurs dispositifs de financement sont proposés : la bourse Erasmus+, l’aide de la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Aide à la Mobilité Internationale du ministère, et le Top-Up Mobilité de l’Université de Bordeaux. Ces aides peuvent aller jusqu’à 4 500 €, selon le profil de l’étudiant et la durée de son séjour.


Sortir des sentiers battus, les récits d’expériences Erasmus


Le 14 octobre, l’événement “Sortir des sentiers battus” a mis à l’honneur la diversité des parcours internationaux. Le hall du campus Montesquieu s’est transformé en mosaïque de langues, de drapeaux et de sourires. Entre exposition photo, stands d’associations, et témoignages vivants, les étudiants ont pu découvrir le quotidien de celles et ceux qui ont franchi les frontières pour étudier ailleurs. Trois parcours singuliers, trois regards sur ce que signifie “partir”.


De Bordeaux à Gênes, l’Erasmus qui a fait grandir Tara 


Pour Tara, étudiante en Master 1 de Droit international parcours relations transatlantiques, Erasmus fut avant tout une aventure de confiance et d’autonomie. Revenue tout juste de six mois passés à Gênes, en Italie, elle se souvient de ses premiers jours dans la cité portuaire, entre excitation et appréhension. Elle raconte une expérience marquée par la découverte d’une nouvelle approche de l’enseignement juridique : “Ce qui était intéressant dans l’enseignement que j’ai reçu et de voir comment les points de vue changent en fonction du pays dans lequel on se trouve, même lorsqu’on se trouve dans un pays européen.” explique-elle. Au fil des semaines, Tara s’est familiarisée avec le fonctionnement académique italien et la richesse des enseignements proposés. Elle a suivi des cours entièrement en anglais : European and Transnational Environmental Law, European and International Law of the Sea, European Union Labour Law, Foreign Policy Analysis, Political System of the European Union, sans oublier des cours d’italien. Cette immersion dans un environnement académique différent lui a également permis de mesurer l’ampleur du défi que représentait l’étude du droit en anglais : “Cet Erasmus m’a permis de découvrir de nouvelles matières passionnantes. Étudier le droit en anglais, c’est un vrai défi, on apprend un vocabulaire juridique différent, mais voir sa progression est extrêmement gratifiant.” raconte-t-elle. Les débuts n’ont pourtant pas été simples, la langue, les démarches, le logement, tout lui semblait compliqué : “L’administratif italien est parfois compliqué, notamment pour trouver les matières ou obtenir les réponses des universités”, reconnaît-elle. Mais, Tara a très vite compris que c’est justement ça, Erasmus : “apprendre à se débrouiller, à grandir”.  Elle souligne aussi le rôle essentiel du Bureau de la Mobilité Internationale : “il existe les bureaux de mobilités qui nous aident beaucoup, notamment Madame Carine Berthe qui m’a beaucoup aidé sur tout le processus erasmus qu’il s’agisse d’avant de partir, pendant l’erasmus et lorsque que je suis rentrée à Bordeaux.”.


L’intégration n’a pas été un obstacle, notamment grâce aux rencontres qu’elle a faites sur place : “J’ai eu la chance d’avoir échangé avec une étudiante internationale d’origine péruvienne et japonaise qui m’a présenté certains de ses amis”. Mais c’est surtout grâce à l’association Erasmus Student Network, présente dans la majorité des villes européennes, qu’elle a pu tisser des liens durables : “L’association propose toutes sortes d’événements, culturels, sportifs ou festifs, et c’est ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes, dont certains sont devenus des amis proches. Je recommande vraiment à tous les étudiants Erasmus de rejoindre l’Erasmus Student Network, cela rend l’intégration bien plus facile.” explique-t-elle. Elle souligne toutefois que se rapprocher des étudiants locaux peut parfois être intimidant “car ils ont déjà leurs groupes d’amis”, mais les cours en anglais, majoritairement fréquentés par des Erasmus, lui ont permis de se créer un cercle amical international. Rapidement, Tara a trouvé un logement à Gênes en colocation avec des italiens, ce qui l’a aidée à progresser dans la langue et à se sentir pleinement intégrée : “Je parlais déjà un peu italien, donc je pouvais me débrouiller. Les Génois sont bienveillants et n’hésitent pas à parler anglais, voire français, pour aider.”.


Pour Tara, cette expérience a aussi représenté un véritable dépassement de soi : “Ce qui était important pour moi au cours de cet Erasmus, c’était de repousser ma timidité et mes peurs, ce que j’ai réussi en voyageant toute seule dans le sud de l’Italie, en faisant une colocation avec des Italiens, en parlant italien avec des locaux, en allant à des concerts seule dans des villes italiennes.” Forte de cette confiance nouvelle, elle encourage sans hésitation les futurs étudiants à franchir le pas : “Si vous avez la possibilité de faire un Erasmus, foncez ! Cela vous apportera bien plus que des connaissances universitaires puisque vous en apprendrez beaucoup sur vous, mais aussi sur la vie à l’étranger et la découverte de gens venus de partout.”. Pour elle, cette aventure dépasse largement le cadre académique et a une réelle valeur professionnelle : “Je suis quand même de l’avis à dire que toute expérience à l’étranger est importante et enrichit notre dossier et/ou notre vision du droit, et parfois de la vie. En effet, en tant qu’étudiants en droit, qu’importe la branche dans laquelle vous vous dirigez, il y aura toujours un impact européen et/ou international plus ou moins fort.”.


De Bordeaux à Uppsala, les parcours inspirants d’Emma et Inès en Suède


Un peu plus au nord, Emma, partis lorsqu’elle était en troisième année de Droit international et européen, a choisi Uppsala, en Suède, pour cinq mois d’étude. “La Suède est un pays moderne avec une bonne connaissance de la langue et aussi multiculturel”, explique-t-elle, un choix motivé par l’envie de découvrir un environnement nouveau et ouvert sur le monde. Là-bas, le froid n’a pas entamé la chaleur de son expérience Erasmus qui lui a beaucoup apporté : “Elle m’a surtout beaucoup apporté sur le plan personnel : le développement de nouvelles compétences, sortir de sa zone de confort, rencontrer des amis pour la vie.”. Cette aventure, elle la décrit comme une étape de croissance et d’indépendance. Ce qui l’a le plus marquée, c’est avant tout la convivialité du programme, “La facilité de connaître des autres étudiants Erasmus, la plupart sont ouverts aux autres.”. Son intégration s’est faite naturellement, “évidemment moins bien avec les étudiants locaux mais cela ne m’a pas affecté plus que ça.”. Pour elle, le plus important était de se sentir à l’aise dans cette atmosphère internationale, où les rencontres se multiplient rapidement.


Comme beaucoup d’étudiants en mobilité, Emma a dû surmonter quelques difficultés, elle explique notamment avoir eu des difficultés avec sa bourse qui ne lui a été transmise qu'après son départ. Les aspects financiers ont parfois représenté un frein, elle explique que les aides sont importantes, mais que “le coût du loyer et de la vie en général nécessite un budget à côté”. Elle ajoute que “pour vivre son Erasmus à fond c’est toujours bien de participer à des activités et à des voyages, ce qui rajoute un coût supplémentaire.”. S’adapter au rythme et au climat suédois n’a pas été sans difficultés. Emma parle de “différentes phases d’émotions que l’on traverse pendant un Erasmus”, ces hauts et bas qui accompagnent toute expérience loin de chez soi. Pour elle, cette aventure reste toutefois une chance inestimable, même si elle rappelle que tous les étudiants ne partent pas dans les mêmes conditions. Sur le plan académique, elle a découvert une autre approche de l’enseignement : “La pédagogie était différente, la charge de travail mineure ainsi que le volume de cours.”. Un rythme qui lui a permis de mieux s’épanouir dans ses études. Et à ceux qui hésitent encore, elle adresse un message simple et sincère : “J’avais beaucoup hésité avant de partir mais au final cela s’est révélé être une des plus belles expériences que j’ai vécu, alors des fois il faut pas trop réfléchir et oser y aller.”.


Inès, étudiante en M2 Droit des Affaires comparées, a choisi Uppsala, en Suède, pour sa mobilité internationale, pour une durée d’un semestre. Elle confie que la Suède n’était pas son premier choix, mais que son attrait pour les pays scandinaves l’a rapidement séduite : “Après avoir été acceptée en Suède, ce fut un plaisir de me renseigner sur les aspects culturels, sociaux et géopolitiques de la Suède.”. Sur le plan académique, elle a découvert un système d’enseignement très différent de celui qu’elle connaissait en France, qui encourage à la fois l’esprit critique, le débat et le travail en équipe : “Ce système m’a permis de développer mon esprit critique et de m’habituer au débat. C’était très intéressant de voir la façon dont les professeurs abordent certaines notions. Ce qui m’a le plus marqué en Suède est le fait qu’ils fonctionnent beaucoup par petits groupes et par travaux de groupe, cela permet la cohésion entre tous et permet de voir une vision différente concernant les concepts abordés en classe.” explique-t-elle. Cette expérience a également été très enrichissante sur le plan personnel, puisqu’elle lui a permis de renforcer son indépendance. Son intégration à Uppsala a été facilitée par le fonctionnement des nations, des fraternités étudiantes qui organisent la vie sociale dans la ville : “J’ai très bien réussi à m’intégrer dans ce pays et plus particulièrement dans cette petite ville qu’est Uppsala, car ils ont un concept de nation qui sont des sortes de fraternité et qui sont tenus simplement par des étudiants. Cela permet d’avoir une vie étudiante digne de ce nom et donc de s’intégrer facilement.”. Inès n’a rencontré aucune difficulté administrative et les aides financières dont elle disposait ont été suffisantes, même si elle rappelle que le coût de la vie en Suède reste élevé. Pour elle, toutes les expériences à l’étranger ne sont pas accessibles à tous : “Malheureusement, je pense que c’est une chance de pouvoir partir à l’étranger, et j’en suis consciente, de ce fait, je ne pense pas que tout le monde a les mêmes chances de partir, mais j’espère que les bourses seront de plus en plus adaptées à chaque profil d’étudiant.”.


L’expérience suédoise d’Inès a profondément transformé sa manière d’appréhender le droit et l’apprentissage, lui offrant une nouvelle perspective sur la pédagogie et la place de l’étudiant dans le débat juridique : “En étudiant le droit en France, ce qui m’a le plus marqué en Suède, est le fait que nous devions beaucoup donner notre avis et développer notre sens critique sur tous les concepts abordés, chose que nous ne faisons pas forcément en France.”. Elle conclut en donnant un conseil aux étudiants hésitants : “Si je devais donner un conseil à tous ceux qui hésitent à partir, ça serait de foncer et de sortir de sa zone de confort. Certes, au début tout sera nouveau, mais ça doit être appréhendé comme un nouveau départ, une nouvelle sorte d’indépendance. Et puis, toute expérience est bonne à prendre et formatrice !”.

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